On connait tous et toutes ce moment bien précis, quelque part à la fin de l’été, où Saint-Tite commence à changer de visage.
Pas du jour au lendemain. Pas avec une grande annonce. Ça commence plutôt par une tente qui apparaît devant une maison. Un chapiteau qui se monte dans un stationnement. Une barrière déposée là où, la veille encore, il n’y avait rien. Puis, tranquillement, les signes s’accumulent.
Et pour les gens d’ici, pas besoin de regarder le calendrier pour comprendre ce qui se passe.
Le Festival Western de St-Tite approche.

Pour vraiment comprendre ce qui se passe dans les semaines qui précèdent le Festival, le mieux, c’est encore d’enfiler ses souliers et d’aller marcher en ville.
Au coin des rues Notre-Dame et Du Moulin, l’un des premiers indices est déjà là : le kiosque d’information du Festival a repris sa place. De l’autre côté de la rue, Maison M. Bussière sort ses fameux drapeaux Boulet. Ils font partie du décor depuis tellement longtemps qu’ils sont presque devenus, eux aussi, un signe officiel que le mois de septembre approche.
Puis, on commence à remarquer les tentes.
Devant les maisons, dans les cours, près des commerces, de petites structures apparaissent et attendent les commerçants et commerçantes qui viendront s’y installer pendant les dix jours de festivités. Saint-Tite se prépare à devenir, en quelque sorte, un immense marché à ciel ouvert.
Au milieu de toute cette effervescence, il y a toutefois quelque chose qu’on aime se rappeler : derrière les kiosques temporaires se trouvent aussi les commerces qui font vivre Saint-Tite toute l’année. Ceux où l’on va chercher un cadeau, une paire de bottes, un café, un repas ou quelque chose qu’on avait oublié sur notre liste. Pendant le Festival, ils se retrouvent parfois un peu cachés derrière les installations temporaires, mais ils sont toujours là (et ça vaut certainement le détour d’aller les retrouver).
On continue notre marche et, rapidement, nos repères habituels commencent à disparaître.
Les grands stationnements qu’on utilise le reste de l’année pour aller visiter nos commerces préférés se transforment progressivement. Là où l’on stationne normalement sa voiture poussent maintenant d’immenses chapiteaux qui accueilleront bientôt des soirées de danse, des spectacles, des activités et du magasinage.
Et la transformation ne s’arrête pas aux rues principales de la ville.
Même les champs changent de vocation.
Certains deviennent d’immenses campings où s’aligneront bientôt les roulottes. D’autres deviennent carrément des lieux de spectacle. C’est le cas du site Le Champ, qui se prépare à recevoir des milliers de personnes venues voir monter sur scène des artistes de renom.
À Saint-Tite, en septembre, même un champ peut devenir une salle de spectacle.


Il y a aussi les signes un peu moins glamour (mais tout aussi révélateurs).
Un peu partout, les fameuses « cabanes à bière » sont installées et soudainement, des roulottes sanitaires apparaissent aux quatre coins de la ville.
Une toilette n’a peut-être jamais annoncé quelque chose d’aussi excitant.
Parce qu’ici, on sait très bien ce que ça veut dire; Ça s’en vient.
En poursuivant la marche vers les grandes estrades Coors Original, la transformation prend une toute autre ampleur.
Pendant une bonne partie de l’année, elles sont silencieuses. Puis arrive cette période où elles recommencent tranquillement à vivre. Des véhicules circulent sur le site. Les équipes s’activent. Le matériel arrive.
Lumières. Son. Écrans. Équipements.
Tout ce qu’il faut pour transformer les lieux en véritable arène de rodéo est installé, testé, déplacé, ajusté.
Dans le manège, le sol est travaillé avec attention pour offrir les meilleures conditions possibles aux compétiteurs et compétitrices. Un peu plus bas, du côté des écuries du Festival, les animaux commencent eux aussi à arriver.
Et soudainement, ce qui était encore un site tranquille quelques jours auparavant ressemble de plus en plus au théâtre des légendaires rodéo de Saint-Tite.

À l’approche du Festival, prendre une marche devient presque une activité en soi.
On va voir comment ça avance.
On repasse le lendemain pour constater qu’un chapiteau a poussé. On remarque qu’une rue a changé. Qu’une scène est presque terminée. Qu’une autre installation vient d’apparaître.
Les équipes terrain du Festival sont en pleine production et, pendant quelques jours, les changements sont visibles presque d’heure en heure.
Pour les gens qui habitent ici, observer Saint-Tite se transformer fait partie du rituel. On connaît notre ville par cœur. Alors, forcément, quand elle commence à ne plus tout à fait ressembler à celle qu’on connaît, on remarque chaque détail.
La préparation ne se fait pas seulement dans les rues.
Elle se passe aussi derrière les portes.
Dans les maisons de Saint-Tite, on fait la grosse épicerie avant que les rues se remplissent (parce qu’on sait très bien qu’on n’aura pas nécessairement l’option de ressortir chercher trois ingrédients un samedi après-midi).
On prépare les chambres d’invités pour la famille, les amis ou les locataires qui profiteront du Festival pour revenir dans le coin. On nettoie le terrain avant d’y installer quelques roulottes. Certaines devantures sont aménagées pour recevoir des commerçants itinérants. D’autres se couvrent de décorations western, parfois avec l’espoir très assumé de remporter le concours de décoration.


On sort les chapeaux. On retrouve nos bottes Boulet (qui ne sont jamais bien loin!). On regarde notre agenda des dix prochains jours en se demandant vaguement quand on va dormir.
Le pré-Festival a sa propre ambiance.
Saint-Tite n’est pas encore complètement en mode Festival, mais elle n’est déjà plus tout à fait le Saint-Tite du reste de l’année.
Il faut peut-être habiter ici pour réaliser pleinement l’ampleur de cette transformation.
Le Festival Western de St-Tite, ce n’est pas un site clôturé installé à l’écart de la municipalité. Le site, c’est Saint-Tite.
Ce sont ses rues, ses stationnements, ses champs, ses commerces, ses terrains, ses maisons et, surtout, ses gens qui accueillent le Festival.
Pendant dix jours, une municipalité d’environ 4 000 personnes se prépare à recevoir des centaines de milliers de festivaliers.
Quand on y pense, c’est un immense don de soi collectif.
On prête un peu notre quotidien. On modifie nos habitudes. On partage nos espaces. On accueille de la visite. Beaucoup de visite.
Et année après année, on recommence.
Peut-être parce que le Festival nous donne aussi quelque chose en retour : une notoriété assez exceptionnelle pour une petite municipalité de Mékinac.
Il suffit parfois d’être à des centaines, voire à des milliers de kilomètres d’ici et de répondre à la fameuse question : « Tu viens d’où? »
On pourrait expliquer où se trouve Mékinac. Parler de la Mauricie. Nommer les municipalités voisines.
Mais souvent, il suffit de dire : « Près de Saint-Tite. Tu sais, le Festival Western? »
Et presque instantanément, quelque part dans le monde, quelqu’un sait où se trouve chez nous.
Mais avant que les rues soient pleines, que la musique résonne et que les bottes soulèvent la poussière, il y a ces quelques jours bien particuliers.
Ceux où Saint-Tite se transforme.
Et pour nous, le Festival commence peut-être un peu là.